La stratégie de campagne

Vous connaissez, vous, un Juif pauvre ? Nous oui !

Derrière ce formidable appel à la solidarité que représente la campagne de l’Appel national pour la tsédaka, bénévoles et professionnels se mobilisent depuis plusieurs mois, pour le succès de cette opération. Parmi eux, Patrick Chasquès, directeur de la communication du Fonds Social Juif Unifié, sur qui repose la communication de la Tsédaka, indispensable au bon fonctionnement de la campagne.

Selon ce dernier la campagne de la tsédaka est singulière. C’est d’abord une campagne intensive. Elle est courte dans le temps. Elle dure en tout et pour tout, 2 mois, si l’on compte la période de sensibilisation qui précède, celle de la collecte du 15 novembre au 15 décembre. « Autre spécificité de cette campagne indique-t-il, si son objectif premier est de collecter des dons, elle a deux corollaires très importants : d’une part faire savoir qu’il y en France beaucoup de pauvreté, d’exclusion dans la communauté juive et d’autre part informer sur les missions des associations sociales juives, dont on ignore parfois tout ».

Le concept de la campagne est né lors d’un déjeuner de travail entre Franck Tapiro, de l’agence Hémisphère droit, Gil Taïeb et Patrick Chasquès. La campagne a été élaborée sur le principe de l’inscription dans le réel, pour renforcer sa crédibilité et sa force de conviction. Le message «Vous connaissez, vous, un Juif, pauvre ou en pleine détresse ou seul? Nous, oui» fonctionne avec des photos qui montrent des situations réelles. «Un peu à la manière du shoffar explique Patrick Chasquès, qui vient résonner et nous interpeller : «Est-ce que tu sais, toi, que près de toi, il y a des Juifs pauvres, confrontés à la détresse ou à la solitude ? Tu en connais, toi ?». Cette interpellation est d’autant plus forte, que les images sont de vraies images, il n’y a pas de mise en scène. Les personnes ont été photographiées dans des associations sociales (maison de retraites, restaurant du cœur), les visages « pixélisés » pour respecter leur dignité.

On retrouvera ce concept, aménagé pour le grand public, du 3 au 9 décembre dans le métro parisien, sur des affiches 4m x 3m, sous la forme suivante : « Appel national pour la tsédaka, contre l’exclusion et le handicap », avec les mêmes visuels que la campagne précédente et un renvoi vers le site internet qui permet d’en savoir plus.

«Nous voulons toucher le plus de monde possible, poursuit Patrick Chasquès. Les coreligionnaires loin de la communauté mais également tous les autres Français, pour lesquels il est important de faire savoir qu’il existe dans la Cité, une action sociale juive de qualité, souvent à la pointe. Comme les campagnes initiées par les Petits Frères des Pauvres ou le Secours Catholique, on verra l’Appel national pour la tsédaka».

Cette initiative est inédite. Jusqu’alors la campagne de la tsédaka était relayée uniquement par les médias de la communauté. Cette ouverture est expérimentale et cantonnée à la région parisienne.

L’ensemble du dispositif est un véritable arsenal mis en place, pour toucher le public juif dans les communautés. C’est tout d’abord, un mailing très important diffusé à 250 000 exemplaires. Il génère 90% de la collecte. Les insertions publicitaires sont programmées dans l’ensemble de la presse juive ainsi qu’une campagne d’affichage dans l’ensemble des lieux communautaires. Le tout est ponctué par des messages radio, des interviews ainsi que de très nombreux événements (voir article suivant). Au cœur du dispositif, un nouveau site internet a été créé. Les internautes peuvent s’informer sur la Tsédaka, voir des films et des clips sur les associations sociales et, bien sûr, effectuer un don en ligne. Ils ont la possibilité de personnaliser les éléments présentés, en les transférant sur leur propre blog, en les envoyant à des amis, devenant ainsi, à leur tour, des ambassadeurs de la tsédaka.
D’année en année la collecte progresse, alors que l’on évolue dans un environnement très concurrentiel en matière de collecte. «C’est indiscutablement la campagne, dans le monde juif, qui dispose de la plus forte notoriété, conclut Patrick Chasquès. C’est le fruit à la fois de la grande mobilisation de la communauté et du travail de communication qui se fait en partenariat étroit avec l’ensemble des médias juifs. »